Après une première aventure avec la Distillerie du Golfe, Bertrand Patin, 36 ans, relance une distillerie dans le Morbihan, aux portes des landes de Lanvaux. Gin et vodka Ar Lann, liqueurs mono-produit, arrangés… : la jeune Distillerie Beltig a sorti ses premières bouteilles mi-2026, en attendant son futur bâtiment et son whisky single malt. Rencontre avec un entrepreneur passionné, qui assume ses choix.
Pouvez-vous vous présenter ?
Bertrand Patin (BP) : Je m’appelle Bertrand Patin, j’ai 36 ans, je vis dans le Morbihan, en Bretagne, et je travaille dans l’univers passionnant des spiritueux depuis 10 ans.

Qu’est-ce qui vous a amené à créer une distillerie ?
BP : C’est un métier passionnant et complet. J’aime les spiritueux au sens large et le monde de l’entrepreneuriat, donc créer une distillerie m’a semblé une évidence. J’aime bien l’idée de toucher à tout : la création des recettes, la production, le conditionnement, la logistique, la vente, le développement commercial, les animations chez les cavistes et même la partie administrative (mais à plus petite dose !).
La Distillerie Beltig est en réalité ma deuxième distillerie. J’ai créé ma première distillerie en 2015/2016 avec plusieurs associés (la Distillerie du Golfe).
Comment est né le nom « Beltig » ?
BP : Le nom est venu assez naturellement, car Beltig signifie Bertrand en breton. C’est simple, court et facile à retenir.
Pourquoi avoir fait de la certification bio un pilier du projet dès le départ ?
BP : Il y avait une tendance de fond sur le bio depuis plusieurs années, notamment sur le vin chez les cavistes. Sourcer les matières premières en agriculture biologique me semblait évident.
J’ai finalement décidé de changer au dernier moment. J’avais fait mes étiquettes, payé la certification… mais plusieurs réalités m’ont fait changer d’avis.
D’abord, lors de la recherche de fournisseurs, j’ai eu du mal à trouver mes principales matières premières en bio avec une origine France.
Je place le « Made in France » avant le bio. Et, en tant que producteur, la régularité et la sécurité des approvisionnements sont essentielles pour produire des spiritueux de grande qualité.
Enfin, la tendance du marché des spiritueux en 2026 n’est pas la meilleure et le « facteur prix » est devenu déterminant pour le consommateur. Pour le moment, je maintiens le projet whisky en bio.

Comment avez-vous sélectionné vos producteurs de céréales, plantes aromatiques et fruits ?
BP : Pour faire de la qualité, il faut pouvoir s’appuyer sur des fournisseurs fiables, réactifs et flexibles. La disponibilité, la qualité des produits, le respect des saisons, mais aussi le relationnel sont des facteurs clés dans le choix des fournisseurs.
Pourquoi démarrer avec du gin, de la vodka et des liqueurs plutôt qu’un autre spiritueux ?
BP : Dès le lancement, j’ai fait le choix de lancer plusieurs spiritueux que je pouvais produire moi-même, avec ma vision, et qui ne nécessitent pas un vieillissement trop long, comme le whisky, qui doit passer au minimum trois ans en fût. L’objectif est d’avoir un effet de gamme pour aller voir les cavistes et les restaurateurs ; c’est primordial pour une petite distillerie indépendante.
Le gin et la vodka Ar Lann permettent de travailler des botaniques des landes bretonnes, liées au terroir de la distillerie Beltig, qui est aux portes des landes de Lanvaux.
Pour les liqueurs, c’est simple… j’adore ça ! J’ai fait le choix de produire des liqueurs de très grande qualité, distillées en alambic Stupfler, avec un taux de sucre bas pour la catégorie.
Enfin, pour la gamme d’« arrangés », la demande reste importante et, en tant que producteur, nous pouvons développer une multitude de recettes ; c’est assez ludique.

Quelles céréales ou plantes utilisez-vous et pourquoi ces choix précis ?
BP : Pour la vodka et le gin Ar Lann, j’ai fait le choix d’utiliser des plantes typiques des landes bretonnes.
Pour les liqueurs, j’avais envie de travailler un mono-produit : la menthe, la verveine, le citron… Je travaille actuellement sur le développement d’une liqueur de plantes.
Pour le projet whisky, le single malt sera la principale production.
Y a-t-il un produit « signature » qui incarne le mieux votre identité ?
BP : C’est difficile ! Mes coups de cœur sont le gin, la verveine et la menthe.
Quel est votre processus de distillation et qu’est-ce qui le distingue de celui d’autres distilleries ?
BP : Toutes les distilleries et tous les distillateurs vous diront qu’ils ont le meilleur alambic. Mais nous, c’est vrai ! Plus sérieusement, j’ai fait le choix, pour la deuxième fois, d’un alambic Stupfler, ce qui prouve que j’en suis convaincu.
L’alambic Stupfler est un alambic à repasse, en cuivre, chauffé à la flamme et doté d’un système de rectification. Le top du top. La finesse aromatique me surprend encore.
Combien de temps s’est écoulé entre l’idée et la première bouteille ?
BP : J’ai longtemps hésité avant de relancer une distillerie. Je dirais 6 mois d’hésitation, 6 mois de préparation et de structuration, et enfin 6 mois de lancement, soit 18 mois. Les premières bouteilles sont arrivées mi-2026.

Votre structure étant très jeune, comment envisagez-vous votre développement dans les prochaines années ? Quel usage aura le futur bâtiment en construction ?
BP : Les prochains mois vont être intenses : je dois mener plusieurs gros projets en même temps. Il s’agit de suivre la construction du nouveau bâtiment et son aménagement, puis le déménagement et le démarrage de la production du whisky.
Je prévois le développement de quelques produits supplémentaires, mais la production du whisky et le calibrage des recettes vont me prendre la majeure partie de mon temps de production.
Le nouveau bâtiment regroupera tous les usages : une partie production/distillation, une zone de conditionnement, un chai de vieillissement et, bien sûr, des bureaux.
D’ailleurs, la distillerie intégrera des procédés permettant de réduire la consommation d’eau, ainsi qu’une toiture solaire qui couvrira l’intégralité de ses besoins en électricité.

La construction du nouveau bâtiment de la distillerie Beltig est en cours
Visez-vous d’abord un marché local/régional ou une distribution plus large ?
BP : Je vends exclusivement aux cavistes, ainsi qu’au secteur CHR et aux distributeurs associés. Ma priorité est le marché régional : la Bretagne et, plus largement, le Grand Ouest, puis le marché national. Je reste bien sûr à l’écoute des opportunités.
En quelques semaines, plusieurs dizaines de cavistes m’ont déjà fait confiance et les produits plaisent beaucoup aux consommateurs.
Quels sont les prochains projets ?
BP : D’ici deux ans, quelques références d’arrangés et de liqueurs viendront compléter la gamme. Il sera également possible de visiter la distillerie ponctuellement pour découvrir notre univers et suivre l’avancée du projet whisky.












