Lancée début juin 2026 par trois des plus gros créateurs de contenu français, Ciao Energy s’est imposée en quelques jours comme un phénomène sur les réseaux sociaux. Mais derrière son image « healthy » et son discours « zéro culpabilité », nutritionnistes et autorités sanitaires pointent des risques bien réels, en particulier pour les plus jeunes.
Un lancement fracassant porté par trois youtubeurs stars
Le 1er juin 2026, Squeezie, Léna Situations et Inoxtag, qui cumulent à eux trois plusieurs dizaines de millions d’abonnés, dévoilent Ciao Energy, une nouvelle boisson énergisante présentée comme une alternative « plus saine » aux références historiques du secteur comme Red Bull ou Monster. La vidéo de lancement dépasse les 11 millions de vues en seulement 24 heures, un score qui a immédiatement fait réagir bien au-delà de leur communauté habituelle.
Le produit s’inscrit dans la continuité de Ciao Kombucha, précédent lancement de Squeezie dans l’univers des boissons. Cette fois, le trio mise sur un positionnement marketing très travaillé : discours « zero bullshit », canettes aux teintes pastel, et promesse d’une recette repensée pour « se déculpabiliser » en la consommant.
Une composition présentée comme plus vertueuse
Sur le papier, Ciao Energy se distingue des boissons énergisantes classiques par plusieurs arguments mis en avant par la marque. Le produit revendiquerait jusqu’à 2,7 fois moins de sucre qu’une boisson énergisante traditionnelle, tout en misant sur des arômes naturels, de la caféine naturelle, ainsi que des extraits secs de guarana et de stévia plutôt que sur des édulcorants ou colorants classiques.
Ce type d’argumentaire n’est pas propre à Ciao Energy : c’est une tendance de fond du marché des sodas énergisants, où les marques cherchent à se démarquer par une image « clean label ». Le problème, selon plusieurs professionnels de santé interrogés dans la presse, c’est que cette vitrine plus naturelle ne change rien au cœur du sujet : la caféine.
La caféine, un problème qui ne disparaît pas avec le « naturel »
Plusieurs nutritionnistes rappellent que le fait qu’un ingrédient soit qualifié de « naturel » ne le rend pas anodin pour autant. Le guarana, très présent dans la communication de la marque, est lui-même une source de caféine, au même titre que le café classique. Autrement dit, remplacer de la caféine de synthèse par de la caféine d’origine végétale ne réduit pas mécaniquement les risques liés à sa consommation.
Cette question est d’autant plus sensible que le public visé par Ciao Energy est majoritairement jeune. Or la caféine peut perturber le sommeil, ce qui entretient un cercle vicieux bien connu : on consomme une boisson énergisante par manque d’énergie, mais la nuit suivante est perturbée, ce qui accentue la fatigue le lendemain, et pousse à reconsommer le produit.
Ce que dit l’Anses sur les boissons énergisantes
En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) surveille ce type de produit depuis plus d’une décennie. L’agence préfère d’ailleurs parler de « boissons dites énergisantes » (BDE), estimant que leurs prétendues vertus énergisantes sont trompeuses : les substances qu’elles contiennent sont excitantes, pas énergisantes.
Sur le plan de la composition, une canette standard de 250 ml de boisson énergisante apporte en moyenne l’équivalent en caféine de deux expressos, soit plus que deux canettes de soda au cola. Cette concentration peut, dans certains contextes de consommation, associée à l’alcool ou à un exercice physique intense, provoquer des accidents cardiaques graves chez des personnes porteuses de prédispositions génétiques généralement non diagnostiquées, une situation qui concernerait environ une personne sur mille.
L’Anses recommande donc explicitement d’éviter d’associer ces boissons à de l’alcool ou à une activité sportive, et appelle à mieux encadrer leur promotion auprès des publics les plus sensibles, en particulier les enfants et les adolescents.
Des recommandations sanitaires en décalage avec le public ciblé
C’est précisément là que le bât blesse pour Ciao Energy. Les autorités sanitaires françaises déconseillent formellement les boissons contenant de la caféine (café, thé, boissons énergisantes) chez les enfants et les adolescents, en raison des effets indésirables possibles sur leur sommeil et, à plus long terme, d’un risque accru d’anxiété ou de troubles cardiovasculaires. Pour les adultes en bonne santé, certains organismes comme Santé Canada recommandent de ne pas dépasser 400 mg de caféine par jour, soit l’équivalent d’environ deux canettes de boisson énergisante classique.
Or, la stratégie marketing de Ciao Energy s’appuie explicitement sur trois créateurs suivis massivement par un public mineur. Une contradiction relevée par plusieurs observateurs : au-delà de la composition du produit elle-même, c’est la manière dont il est mis en avant auprès d’une audience majoritairement jeune qui interroge, dans un contexte où la vente de boissons énergisantes aux mineurs n’est, à ce jour, pas interdite par la loi en France, contrairement à certains pays voisins.
Une consommation « possible », mais encadrée
Interrogée sur le sujet, la nutritionniste Stéphanie Ballot nuance toutefois : une personne en bonne santé qui recherche un coup de pouce énergétique ponctuel peut envisager une consommation mesurée du produit, à condition de rester vigilante sur les autres sources de caféine consommées dans la journée (café, thé, sodas au cola, certains médicaments) et de ne pas dépasser les seuils recommandés.
Les publics pour lesquels la prudence doit rester de mise sont clairement identifiés : les jeunes, les femmes enceintes ou allaitantes, ainsi que les personnes présentant des problèmes de santé cardiovasculaires. Pour ces profils, l’Anses déconseille explicitement ce type de boisson, quelle que soit la manière dont elle est commercialisée.









