Marché de la bière artisanale en France 2026 : chiffres, tendances et consolidation

par | 3 Août 2026 | A la Une, Économie

Longtemps portée par une croissance à deux chiffres, la filière brassicole artisanale française entre en 2026 dans une nouvelle phase : celle de la maturité, voire de la consolidation. Derrière un nombre record de brasseries en activité se cache une réalité économique nettement plus contrastée.

Un nombre de brasseries toujours record, mais un plateau atteint

Avec 2 634 brasseries en activité en 2025, la France conserve sa position de premier pays européen en nombre de brasseries, selon l’ouvrage de référence « La bière en France » du biérologue Emmanuel Gillard, fondateur du site Projet Amertume. Le pays compte désormais une brasserie pour 25 191 habitants.

Mais ce chiffre record masque un ralentissement net : selon les données de Projet Amertume, la France se stabilise autour de 2 500 à 2 600 brasseries actives depuis 2024, formant un plateau après la phase de croissance exponentielle qu’a connue le secteur dans les années 2010.

Pour la deuxième année consécutive, les fermetures dépassent les ouvertures

C’est le chiffre clé de cette mutation : en 2025, 209 brasseries ont fermé leurs portes en France, soit près de quatre fermetures par semaine, un niveau quasiment équivalent au nombre d’ouvertures sur la même période (213), selon Brasseurs de France. En 2024 déjà, les fermetures avaient dépassé les créations, avec seulement 82 ouvertures recensées contre 159 fermetures.

Le ratio ouvertures/fermetures est ainsi passé sous le seuil de 1 depuis 2024, autour de 0,6 selon Projet Amertume, un point de bascule qui marque la fin d’une décennie d’expansion effrénée et l’entrée du secteur dans une phase de normalisation.

Une production toujours ultra-concentrée

Ce nombre élevé de brasseries ne doit pas faire illusion sur la répartition réelle des volumes produits. Les 8 principaux sites industriels concentrent à eux seuls 87 % du volume de bière produit en France. À l’inverse, les pico et microbrasseries représentent plus de 80 % des unités de production du pays, mais seulement 1,66 % des volumes produits.

Cette asymétrie illustre la fragilité structurelle du modèle économique de la brasserie artisanale indépendante : un très grand nombre d’acteurs se partagent une part de marché en volume marginale, dans un secteur composé à 96 % de TPE et de PME.

Pourquoi les fermetures s’accélèrent

Plusieurs facteurs de coûts pèsent directement sur la compétitivité des brasseries françaises en 2026, selon Brasseurs de France :

– La fin de l’ARENH (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) en 2026, qui expose les brasseries à des prix de l’énergie plus volatils.
– La hausse des redevances sur l’eau, une matière première centrale pour la production de bière.
– Le renforcement de la Responsabilité élargie du producteur (REP) sur les emballages ménagers.
– La complexité réglementaire et une pression fiscale permanente, avec des taux d’accise qui s’établissent au 1er janvier 2026 à 4,12 € par degré d’alcool et par hectolitre pour les petites brasseries indépendantes, contre 4,12 € à 8,24 € selon le degré d’alcool pour les autres brasseries.

La consolidation comme réponse : fusions, rapprochements et mutualisation

Face à cette pression sur les marges, le secteur s’organise. Plusieurs groupements structurent aujourd’hui le paysage brassicole français, avec des modèles différents :

Les Fabulous French Brasseurs, initiés par la Brasserie de Bretagne, qui réunissent plusieurs brasseries régionales.
The Beers Family, qui mutualise les moyens commerciaux de Jenlain et 3 Monts.
New Beers, porté par Mélusine, qui a intégré Parisis, Page 24, La Berlue et Gobrecht.
Le Groupe Boissons de Corse, autour de Pietra, qui a intégré Prizm, Demory et Paname Brewing Company.

Ces alliances vont de la simple coopération commerciale à l’acquisition avec conservation de l’identité de marque, mais répondent toutes au même impératif : mutualiser les coûts de production et de distribution pour survivre dans un marché de plus en plus concurrentiel.

La vente directe et le sans-alcool, deux leviers de résilience

Pour les petites structures qui ne rejoignent pas ces groupements, deux leviers se dégagent :

La vente directe via taprooms et brewpubs, qui permet de préserver les marges en supprimant les intermédiaires. Le secteur compte aujourd’hui plus de 200 brewpubs actifs en France, avec environ deux ouvertures nettes par mois.

La bière sans alcool, identifiée comme un vrai relais de croissance : elle représente désormais 1 bière sur 20 consommées en France. Une enquête flash de Brasseurs de France menée en janvier 2026 montre que 40 % des brasseurs interrogés produisent déjà de la bière sans alcool, et 30 % supplémentaires ont un projet en cours. Près de 60 % des brasseurs concernés jugent ce marché en croissance.

Un secteur en mutation, pas en déclin

Malgré l’inquiétude suscitée par l’accélération des fermetures, les acteurs du secteur relativisent l’ampleur du phénomène : la filière a par le passé déjà surmonté des chocs bien plus sévères, notamment la perte d’environ 2 000 brasseries pendant la Seconde Guerre mondiale, avant de reconstruire l’essentiel de son tissu grâce à la révolution du craft. La phase actuelle s’apparente donc davantage à une normalisation après des années d’euphorie qu’à un véritable effondrement du secteur.

Sources : Brasseurs de France, « Le marché de la bière » et « La Bière : le marché français résiste, la compétitivité des brasseries vacille » (février 2026) / Emmanuel Gillard / Projet Amertume, « La bière en France », édition 2026 /Superpotion, « État des lieux du marché brassicole en 2026 » (mars 2026) et « Les grandes tendances de la filière brassicole française pour 2026 » (avril 2026) / Bière Actu, « La bière française entre maturité et consolidation » et « La bière française résiste, les brasseries trinquent » (février 2026)

 

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