Rhum français, le meilleur du monde par Fabien Humbert & Tom Chegaray

par | 12 Oct 2026 | Interviews, Livres

Spécialiste du rhum depuis une quinzaine d’années, Fabien Humbert publie « Rhum français, le meilleur du monde », le premier ouvrage, entièrement consacré au rhum français. Histoire, réglementation, économie, dégustation : il y aborde toutes les facettes d’un spiritueux produit en France depuis cinq siècles, des DROM à la Polynésie. Le livre est préfacé par JoeyStarr et postfacé par Jerry Gitany, avec Tom Chegaray comme coauteur pour la direction artistique et les dessins. Rencontre avec Fabien Humbert.

Après tes précédents ouvrages consacrés au rhum, pourquoi avoir eu envie de consacrer un livre spécifiquement au rhum français ?

Il n’existe, à ma connaissance (je peux me tromper), aucun livre 100 % consacré au rhum français dans toutes ses dimensions : historique, culturelle, économique, réglementaire et, bien sûr, gustative ! Pourtant, il y en a déjà plusieurs sur le whisky français, qui n’a que 40 ans d’existence. Le rhum (ou ses ancêtres), lui, est produit en France depuis 500 ans… C’est une forme d’injustice que j’ai essayé de réparer.

Avais-tu l’impression que le sujet méritait un livre à part entière, ou qu’il était encore insuffisamment traité ?

Oui, il est insuffisamment traité, mais surtout j’ai l’impression que le rhum français n’est pas considéré et célébré comme il se doit. C’est un savoir-faire ancestral, mais toujours à la pointe de l’innovation, une excellence à la française qui nous vient des DROM (et désormais aussi de Polynésie). Le rhum français a longtemps été déconsidéré, empêché (notamment par le protectionnisme métropolitain). Or, depuis une trentaine d’années, il est à mon avis devenu peu à peu le meilleur au monde, avec une réglementation très stricte, des process maîtrisés, de vraies originalités, une matière première locale (hormis pour les IG ombrelles), pas d’additifs… Bien sûr, on peut en débattre.

Concrètement, que va découvrir le lecteur dans ce nouveau livre ?

Justement, qu’on a en France un spiritueux d’exception, qui peut tenir la dragée haute aux meilleurs single malts ou cognacs. Et qui, en plus, est à la pointe de l’innovation, avec des cuvées parcellaires, bio, millésimées, brut de colonne… On découvre aussi son histoire tourmentée : comment cet alcool peu qualitatif, né de l’esclavage et de la colonisation, est devenu hyper tendance depuis une vingtaine d’années. Soyons-en fiers, sans pour autant oublier le passé !

JoeyStarr en préface, Jerry Gitany en postface : pourquoi ces choix ? Qu’est-ce que tu voulais apporter au livre avec leurs regards respectifs ?

J’ai rencontré JoeyStarr et son équipe sur Carnival, dans le cadre d’une interview pour Rumporter. C’est une star qui a marqué l’histoire de la musique française, qui est aussi acteur, auteur… Bref, une sorte de monument. Et pourtant, je l’ai trouvé très humble, désireux d’en apprendre plus sur le rhum alors qu’il en savait déjà beaucoup. Quelqu’un d’assez éloigné de son image publique, en somme. Ça m’a plu et l’idée a germé. Il nous a offert une super préface, à Tom Chegaray (mon coauteur pour la direction artistique et les dessins) et à moi. Nous l’avons mal récompensé, car il y a une coquille dans son nom au bas de la préface : il y est écrit « Joey Espace Starr » au lieu de « JoeyStarr » ! J’espère qu’il a le sens de l’humour !

Quant à Jerry, c’est un expert incontournable, qui a beaucoup fait pour le rhum, notamment agricole. Quand j’ai fini de l’interviewer, je me suis rendu compte qu’il avait dit en quelques lignes tout ce que j’avais mis des chapitres entiers à tenter de démontrer, et j’ai décidé de le mettre en postface. Comme ça, si vous avez la flemme de lire le livre, lisez la préface, regardez les dessins de Tom et passez directement à la postface 😉

Fabien Humbert & Tom Chegaray

Fabien Humbert & Tom Chegaray

Comment as-tu choisi les producteurs et les personnalités mis en avant ? Certains choix ont-ils été difficiles ?

Pour les producteurs, j’ai essayé de dire un mot de toutes celles et ceux que je connaissais. Ça fait donc plusieurs dizaines de noms. J’ai essayé d’être exhaustif, mais il y a forcément des trous dans la raquette, des marques qui se créent… Quant aux personnalités, ce sont des gens qui avaient un éclairage particulier à apporter au livre. J’ai aussi essayé de panacher entre les différents territoires, métiers et genres. Mais si j’avais dû donner la parole à toutes celles et ceux qui m’ont marqué dans le monde du rhum, le livre aurait pu faire 1 000 pages !

Y a-t-il une rencontre ou une découverte qui a particulièrement changé ton regard sur le rhum français pendant la préparation du livre ?

Pas vraiment, ça m’a plutôt confirmé dans ce que je pensais ou savais : ça fait quinze ans que je travaille sur le sujet. Mais en étudiant la concurrence étrangère, je me suis quand même rendu compte que, si la France a une longueur d’avance, celle-ci n’est sans doute que passagère, vu l’ébullition constante de l’univers du rhum. On fait désormais du très bon rhum partout, ou presque.

Y a-t-il une histoire, une distillerie ou un sujet que tu aurais aimé développer davantage, mais que le format du livre ne permettait pas de traiter ?

Oui, l’histoire du rhum, justement, même s’il existe déjà des livres dédiés. J’aurais aussi aimé pouvoir mieux décrire les distilleries, citer plus de cuvées… Mais nous n’avions pas la place. Peut-être s’il y a une deuxième édition ?

Selon toi, le rhum français doit-il avant tout défendre ses particularités ou apprendre à mieux se raconter pour toucher un public plus large ?

Les deux à la fois, sans doute. Je pense que la tendance à la déconsommation d’alcool est lourde et que, de toute façon, les producteurs français ne feront jamais autant de volumes que d’autres grandes nations du rhum… Il faut donc continuer à mettre en avant cette excellence à la française, quitte à aller vers le luxe. Mais ce n’est que mon avis.

Si tu devais composer un parcours de dégustation de trois rhums pour comprendre la diversité française, lesquels choisirais-tu et pourquoi ?

Je commencerais par un arrangé de La Réunion, parce que c’est quand même par ce type de produits fruités et sucrés qu’il est le plus facile d’entrer dans cet univers. Puis j’irais vers un rhum vieux (de mélasse ou agricole) élevé en ex-fûts de bourbon, pour marquer l’entrée dans la catégorie des alcools bruns premiums. En plus, cela permettrait aux amateurs de bourbon ou de whisky de ne pas être trop déboussolés. Ensuite, je triche un peu : je choisirais un rhum agricole blanc de dégustation, pour montrer que le rhum peut être une grande eau-de-vie, et, pour finir, un grand arôme, pour son côté funky et déroutant.

Y a-t-il une idée reçue sur le rhum français que tu aimerais définitivement voir disparaître ?

Il y a tellement d’idées reçues sur le rhum français qu’il est difficile de choisir. J’aimerais que les gens qui achètent leur bouteille au supermarché pour faire des cocktails ou un ti-punch prennent conscience que, derrière ce produit d’appel, il y a en général (et pour chaque marque) toute une gamme de produits hyper variés et qualitatifs : des arrangés, des punchs, des rhums vieux (ESB, VO, VSOP, XO, millésimés), des rhums blancs de dégustation, des bruts de colonne. Bref, qu’il ne faut pas s’arrêter à la première impression.

Si tu devais convaincre un amateur de rhum jamaïcain, de la Barbade ou guatémaltèque de s’intéresser au rhum français, quel serait ton meilleur argument ?

Venez boire le vrai goût de la canne à sucre, de la matière première originelle, du terroir (puisque la canne à sucre est locale, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs), dans un rhum agricole. Et si vous préférez les rhums de mélasse, essayez l’élégance d’un vieillissement à la française.

Après toutes ces années à écrire sur le rhum, qu’est-ce qui arrive encore à te surprendre dans ce milieu ?

Je dirais l’inventivité des producteurs et des embouteilleurs indépendants, même s’il y a parfois un peu de marketing dans tout ça. Entre les différents types de vieillissement (en chai, en bateau, sous la mer…), de fûts (français, américains, finishs), les différents degrés d’alcool (brut de fût, brut de colonne…), les différentes variétés de canne, de matières premières (jus de canne, mélasse), de parcelles, de millésimes… on ne s’ennuie jamais. Et, comme le vin, le rhum est un univers tellement vaste que je continue à découvrir plein de choses. Impossible d’en faire le tour, d’autant que tout change très vite.

Ton regard sur les producteurs a-t-il changé depuis tes premières interviews ? Es-tu devenu plus exigeant ou, au contraire, plus indulgent ?

Quand on connaît les contraintes avec lesquelles les producteurs de rhum doivent composer (environnementales, réglementaires, économiques, géographiques…), arriver à ce niveau d’excellence tient du miracle. Mais, paradoxalement, ce sont aussi ces contraintes qui les font sortir du lot, car elles les obligent à aller vers des produits toujours plus qualitatifs. Donc je dirais que cela rend à la fois plus indulgent et plus exigeant.

Si un lecteur referme ton livre avec une seule idée en tête, qu’aimerais-tu qu’il ait comprise ou qu’il ait envie de découvrir ?

Que le rhum français mérite d’être reconnu et célébré. Mais que cela n’enlève rien à la qualité des rhums étrangers.

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Prix 25,90€

160 pages

Éditeur : Massin

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